Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Sabine Bolzan magazine

mes actus d'auteure, mes coups de cœur, mes choix, mes préférences, mes états d'âme

Interview des « Guimauves » par Valérie Capelle

Sabine Bolzan auteure, Des Guimauves sur le chocolat chaud, les éditions du loir, Valérie Capelle
Sabine Bolzan et Valérie Capelle

Dans le prologue, on découvre une lettre d’un père à sa fille. Le papa est mort et a écrit à sa fille avant de mourir. On plonge tout de suite dans le message de la transmission, ce qui se poursuivra, ce qui restera au-delà de la mort.

 

En quoi la transmission est-elle importante pour toi ? Qu’as-tu reçu, que désires tu transmettre à ton tour ?

Sabine : La transmission est importante pour tout être humain parce que, tout ce que l’on sait, on doit pouvoir le partager.

J’ai reçu beaucoup de choses de mon papa : le goût de la cuisine, le goût du partage, le goût du travail bien fait, de la persévérance. J’ai aussi reçu cette pudeur qui nous a empêchés, et je le regrette fortement, de communiquer l’un avec l’autre, de ne pas oser avoir de gestes tendres. C’est délicat la pudeur mais c’est aussi quelque chose qui nous entrave parfois. 

Ce qui me manque énormément de lui, c’est de pouvoir lui demander des conseils parce qu’il était fort à ce niveau-là, il était rassurant et ça c’est quelque chose que je ne recevrai plus, qu’il ne me transmettra plus.

Ce que je veux transmettre, c’est tout ce que mon papa m’a donné mais aussi tout ce que la vie m’apprend. 

La transmission passe par un héritage mais aussi un apprentissage. Mes filles, à leur tour, transmettront leur héritage et leur apprentissage…

 

La tendresse est présente dès ce prologue grâce à tous les petits noms d’amour du père pour sa fille Cerise : « ma griotte, mon petit Burlat, ma sweetheart »

Il délivre un message essentiel : « promets-moi de ne pas t’oublier. Va au bout de tes envies et de tes rêves. »

Je fais le lien avec le départ récent de ton papa. Est-ce un des messages que t’a laissé ton papa ? Est-ce quelque chose que tu arrives à faire : ne pas t’oublier ?

Sabine : Alors ce n’est pas un message que m’a laissé mon papa ? Cette lettre, c’est un cadeau que je me suis fait car c’est une lettre que j’aurais aimé recevoir. Mon papa était quelqu’un de très exigeant envers lui et envers les autres et c’était plus souvent : « non, tu ne vas pas réussir » que « fonce et on verra après ».  Mais, cela ne m’a pas empêchée de foncer et de voir après. J’ai appris ainsi l’autonomie. C’est peut-être ce que mon père a voulu m’enseigner…

Quant à la seconde partie de ta question, je ne sais pas prendre soin de moi avant les autres. Donc, je m’oublie. Mais, ce n’est pas négatif, bien au contraire. Pourvoir aux besoins de mon entourage est prioritaire. Je veux d’abord m’occuper d’eux : s’ils sont bien, je suis bien, c’est tout ce qui compte. 

En vieillissant, je comprends qu’il est également important de prendre soin de soi et…de ne pas s’oublier. Ça vient petit à petit parce qu’on ne renie pas comme ça 50 ans d’existence ! 

J’essaie de laisser ma famille acquérir davantage d’autonomie. Tiens, c’est aussi ce que mon père a tenté de faire avec moi. 

La boucle est bouclée. 

 

Sabine Bolzan auteure, Des Guimauves sur le Chocolat Chaud, les éditions du loir

Dès le premier chapitre, l’humour est présent. Et il le restera tout au long du roman.

Peux-tu nous raconter dans quel contexte tu as écrit ce roman et en quoi l’humour était important pour toi ?

Sabine : Ah c’est justement la grande histoire de ce livre ! J’étais en train d’écrire le Tome 3 de l’Empreinte de la Chair. Cependant, j’étais bloquée. Les mots ne venaient absolument pas. Même si je savais où j’allais (le squelette est écrit ainsi qu’un résumé de chaque chapitre), je n’avais pas envie de retrouver mes personnages, cette violence etc… 

Et puis, Cerise a débarqué avec toute sa tribu de fruits et je me suis dit : « pourquoi pas ? ». 

Je pense sincèrement, même si vous allez me prendre peut-être pour quelqu’un d’illuminer, que mon papa m’a soufflé cette histoire. Je le sentais à mes côtés, murmurer à mon oreille. Les personnages sont venus ainsi, ils ont été créés je ne sais pas comment. 

Ce livre est un miracle. Tu parlais de transmission précédemment. Est-ce encore un moyen de la part de mon père de m’apprendre encore ?

J’ai alors appelé mon éditrice en lui disant : « Houston on a un problème, car en Juin ce ne sera pas le Tome 3 de l’Empreinte de la Chair qui va sortir mais ce sera plutôt un feel good. » 

Elle m’a répondu : « Envoie on verra bien ».

Et voilà, quelques mois plus tard, Des Guimauves sur le Chocolat Chaud est entre les mains des lecteurs.

Il m’est arrivé quelque chose d’incroyable : quand je l’ai relu, il y avait des passages entiers je ne me rappelais pas avoir écrits.

 

Question : Cerise est maman de jumeaux. Dans l’Empreinte de la Chair, Justin et Justine sont jumeaux. Pourquoi cette gémellité si présente dans tous tes romans ? As-tu rêvé d’avoir une sœur ou un frère jumeau ?

Sabine : Je n’ai jamais rêvé d’avoir une sœur ou un frère jumeau et je ne saurais dire pourquoi je mets en scène des jumeaux dans mes trois romans. Il existe également un autre point commun avec l’Empreinte : c’est le chocolat chaud. 

Dans Des Guimauves sur le Chocolat Chaud, l’ami d’enfance de Cerise devait s’appeler Lukas et dans l’Empreinte de la Chair tome 2, Lukas est un très méchant « monsieur ». Donc mon éditrice m’a dit : « tu ne peux pas appeler Lucas le gentil et le méchant, ça n’est pas possible. » 

Du coup, je me suis dit : « Si ça se trouve dans une autre vie j’avais un jumeau qui s’appelait Lucas avec qui je buvais des chocolats chauds très souvent ».  C’est la seule explication que j’ai trouvée. Vous semble-t-elle crédible ?

 

Le salon de thé que tiennent les parents de Cerise s’appelle “The cherry on the cake and other little biscuits”. C’est la touche d’exotisme. La culture ou le rituel anglais du tea time est présent dans ta vie ?

Sabine : Oui absolument. J’aime beaucoup ce rituel du tea time et des petits gâteaux maison, comme en fac d’anglais où on avait une pièce pour se retrouver.

 

Dans Des Guimauves… le papa de cerise a comme leitmotiv : « ne pas prendre la vie trop au sérieux et rire chaque jour même de soi ».

Est-ce que cette auto dérision est présente chez toi et la considères-tu comme salvatrice, ou est-ce un trait de personnalité que tu aimerais avoir ?

Sabine : Absolument pas. Je ne sais pas pratiquer l’autodérision. J’aurais même plutôt tendance à me vexer facilement 😊. Ça m’aiderait, je suppose, à rire de certaines choses et de ne pas m’en offenser. Cerise ne me ressemble pas du tout à ce niveau-là.

 

Cerise dit du salon de thé de ses parents : « ce lieu est un hymne aux relations humaines. Il y faisait bon, beau, douillet ».

Il est tentant de faire le parallèle avec la librairie et Christophe le libraire qui nous accueille ce soir. Aurais-tu souhaité créer, animer ce genre de lieux ?

Sabine : Complètement ! C’est même une idée qui reste toujours d’actualité. Ah oui j’adorerais ça : un lieu qui lie les gâteaux, la lecture et le tea time : toutes mes passions. 

 

Puis arrive le concept de la tribu : tribu refuge, forteresse, ressource. Tous les membres de la famille vivent sous le même toit, dans une grande maison en pierres à Sauternes avec 3 appartements indépendants

Ce lieu refuge, cocon va jusqu’à accueillir des écrivains pour des retraites d’écriture. Donc le concept de tribu s’étend aussi aux inconnus.

Cela semble être une valeur essentielle pour toi ? Une base fondatrice de ta construction ? 

Vivre sans ma famille et mes amis serait un non-sens. J’ai longtemps cherché un endroit pour tous nous réunir. La première fois que je l’ai visitée, j’ai su que c’était ELLE, que je voulais vivre ici, qu’elle serait mon port, mon havre de paix. 

Ma maison nous protège, nous accueille, nous prend entre ses murs pour nous rassurer. Ecoute nos conversations et apaise les tensions. Elle est partie intégrante de ma famille. 

Chaque fois, avant de pénétrer à l’intérieur, je caresse un mur et la remercie de me laisser entrer.

 

Cerise, quand elle parle de Vladimir et de leur passion commune pour les livres, dit « Nous sommes unis autour d’une seule passion : les mots. Les mots écrits, les mots dits (et maudits), les mots lus, les mots tus, les mots mordants et les mots tordants ».

Cela m’évoque le pouvoir des mots, qui peuvent être tout autant destructeurs que guérisseurs.

C’est un des thèmes en filigrane de ce roman. Pourquoi as-tu souhaité le faire apparaître ?

Sabine : Parce que je n’ai longtemps su m’exprimer que par écrit. Ce que je ressentais était compliqué à verbaliser sans colère Une fois que les mots sont sur le papier, tu te libères des émotions. Pour moi, les mots un pouvoir plus fort à l’écrit qu’à l’oral.

 

Où est la frontière entre Cerise et Sabine, où s’arrêtent les points communs ?

Sabine : Alors Cerise est frondeuse mais pas moi. J’ai parfois glissé des traits de caractère que j’aurais aimé avoir. Ce côté libérée, qui se fiche de l’avis des autres…Si Cerise a décidé de faire quelque chose, elle va le faire et il n’y a pas d’entrave à sa vie.

C’est ce que l’on aimerait tous être je crois.

 

Le chat Papillon, envoyé par son père, est le signe tant attendu de Cerise, pour nouer un lien avec l’invisible et admettre que la mort n’est « que » physique.

Quelle est ta relation avec la spiritualité et l’invisible ?

Sabine : cette histoire de chat est une histoire vécue. On était en famille, on revenait de déposer l’urne de mon papa au columbarium. En descendant de la voiture, ma fille Fanny me dit : « maman, il y a un chat qui pleure ». Je lui ai répondu « cela doit être un de nos chats ».

Fanny s’est dirigée vers les miaulements et un chaton, craintif, a montré sa petite tête. J’en ai parlé à une médium qui m’a affirmé que ce chat nous était envoyé par mon père. 

Je reçois régulièrement des signes : l’électricité qui s’éteint ou qui s’allume sans raison, un amas de feuilles ou une tache d’eau qui forment en cœur. 

Sabine Bolzan auteure, Des Guimauves sur le Chocolat Chaud, les éditions du Loir

Une des thématiques du roman est le processus du deuil, qui est si délicat et surtout si différent d’une personne à une autre. On sent chez Cerise à la fois le manque et la colère de cette sortie de scène, le ressentiment inavoué vis-à-vis de son père de ne pas s’être battu suffisamment, de l’avoir abandonné.

Certes, tu as écrit un roman « feel good » qui est néanmoins parsemé de vrais sujets de réflexion profonde distillés parfois sans crier gare, ou parfois en mode « sous-marin ».

Est-ce que cet équilibre entre légèreté et profondeur a été voulu et construit ou est ce qu’il s’est créé au fil de l’écriture ?

Cet équilibre entre légèreté et profondeur a en effet été voulu. Des Guimauves sur le Chocolat Chaud est calé sur le rythme de la vie, avec les moments où on est bien, où on reçoit beaucoup de bonheur, de joie et les moments où tout bascule, où on ne maitrise plus rien et auxquels il faut faire face. Il nous faut apprendre à rebondir, à continuer, accepter d’avancer…puis, de nouveau, des petits rayons de soleil apparaissent, un petit arc en ciel. 

J’ai vu un reportage sur une petite mamie de 104 ans qui tenait un bar, tout sourire, bon pied bon œil. Quand le journaliste lui demande quel est son secret, Elle lui répond : « mon secret, c’est de ne pas s’en faire parce que tout passe ». 

Elle a raison : tout passe. 

 

La relation entre Cerise et Clem sa meilleure amie ouvre un autre thème : la famille de cœur en plus de la famille de sang. 

Elle est tout aussi importante cette famille de cœur aux yeux de Cerise. Quel est ton rapport à l’amitié ?

Je n’ai ni frère ni sœur, voilà. Fille unique j’ai eu une toute petite famille et une grand-mère merveilleuse mais c’est une petite cellule. Donc mes amis ont une énorme place dans ma vie ; ma maison est ouverte, ils le savent, ils viennent quand ils veulent, on partage des gâteaux, de bonnes bouteilles. Et c’est eux qui me construisent et quand je vais bien ou mal, que j’ai des choses à partager c’est vers eux que je me tourne.

 

La gastronomie est bien présente tout au long du roman : les cakes du goûter, le millas, le vin de Sauternes et l’apéritif qui en découle.

La cuisine est un de tes domaines de prédilection. Qu’apporte l’art de cuisiner pour ta tribu et tes amis ?

Sabine : la cuisine est un moment de convivialité, de partage, d’échange. Je ne conçois pas la vie autrement qu’autour d’une bonne table. Le plaisir de dresser, d’accueillir mes hôtes, d’aller chercher des fleurs dans mon jardin pour faire une jolie déco. Ça me donne tellement plus de bonheur de cuisiner que de goûter.

C’est une passion que je partageais avec mon père. On faisait des battles de cuisine tous les deux, on se partageait la préparation du repas… 

Donc aujourd’hui, quand je cuisine, je suis avec lui. La cuisine me permet de prolonger sa présence.

 

On découvre que Cerise a une autre ressource en plus de sa famille de sang et de cœur : la Nature. Est-ce un des points communs entre Cerise et toi ? As-tu vécu ailleurs que proche de la nature ?

La Nature est mon élément central. Elle m’est tout aussi vitale que l’oxygène. J’y puise ma force et mon inspiration. J’y trouve les réponses à mes questions. Elle me parle et je l’écoute. Je perçois le bruissement des feuilles comme des chuchotements et la lumière comme un éclaircissement. Je suis une fille de la terre, je suis une fille de la forêt et je suis une fille du ciel. Ici je vis, je grandis et j’évolue. Je n’aurais jamais pu vivre en ville, je m’y serais éteinte.

J’ai vécu en ville, comme beaucoup de monde en tant qu’étudiante, puis au début de ma vie de jeune adulte mais j’ai vite étouffé. 

En effet, j’ai besoin d’espace, de marcher pieds nus dans la terre. C’est quelque chose d’essentiel pour moi. Là, c’est vraiment une similitude entre Cerise et moi. Comme elle, j’ai besoin de ma famille, mes amis, la nature et mes animaux. Ils sont ma base. 

 

Cerise décrit le lien viscéral avec le clan, cette tribu qui évoque encore ce lien avec la nature, un lien charnel, animal, archaïque.

Te perçois-tu comme instinctuelle, comme la louve que tu décris chez Cerise ?

Oui ça pourrait être mes propres mots. Je me nourris de l’odeur de la peau de mes filles, ça c’est sûr ! J’en ai besoin, c’est le premier réflexe : mettre mon nez dans leur petit cou.

 

Et puis, il y a l’amour à tout âge avec Pomme la GM de Cerise et Jean.

Cet amour qui sublime, qui soigne, qui pose un baume sur les blessures.

C’est l’espoir, la vie qui palpite toujours.

Et c’est une des nombreuses notes de fraicheur et de gaité de ce roman.

Car on y rit beaucoup.

J’ai été parfois surprise du caractère impétueux de Cerise (que l’on retrouve aussi chez Justine dans l’Empreinte de la Chair), de son côté frondeur, provocateur, exhibitionniste.

Pour le coup, elle est très différente de toi à cet endroit. 

Est-ce une personnalité qui te fascine, ou une envie d’être plus extravertie ?

Peut-être pas à ce point-là mais j’admire ce côté « je m’en foutiste » de Cerise.

 

Ce roman est plus léger que le thriller psychologique qui comporte deux volets et un troisième est en cours.

On y retrouve ta patte, ton univers, ta sensibilité.

Et surtout, au milieu des fous rires qui émaillent ce roman, on découvre les valeurs qui te sont chères, tes moteurs de vie, tes aspirations. Quel est LE rêve que tu voudrais réaliser ?

Je souhaiterais, à la fin de ma vie, me dire que j’ai mené ma vie telle que je l’ai voulue, que j’ai réalisé ce que je voulais, que j’ai été une bonne mère, une bonne amie, bonne épouse et une bonne fille. Je voudrais juste être satisfaite de cette vie et ne pas me dire : « j’aurais dû ».

On parlait au début de transmission. Avec ce livre. Je veux transmettre à mes filles l’idée que l’on peut dépasser les choses les plus dures pour faire des choses plus belles.

Ce livre, c’est la lettre que j’écris à mon père et à mes filles. 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article